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Premier post d’une (longue) série consacrée aux articles que j’écris pour d’autres sites. Celui là est presque vintage puisqu’il date de mai 2011.

«  L’été sera orientaliste » : un article écrit pour Paulette.

Extrait :

« Quand on regarde les collections de cet été, on se prend un grand coup de soleil dans les yeux : depuis les reflets des satins jusques aux talons aiguilles dorés des sandales, tout brille ; les couleurs sont saturées, on porte un corail flamboyant avec un violet profond, on rehausse une jupe vert pétard d’un bustier bleu lagon…

On multiplie les signes extérieurs de richesse mariés à des détails exotiques.

On dirait que, lasse de cette rigueur beige que nous a imposée l’après-crise, la mode nous invite à une thérapie de renaissance par l’excès.
Et comme une évidence, cette renaissance radicale puise son inspiration là où le soleil se lève : en Orient. Ce n’est pas un hasard si cette saison, tant de collections font penser à l’Orientalisme décadent du XIXe siècle… »

L’inspiration :

2011 donc, je suis cloitrée dans une bibliothèque pour écrire un mémoire que personne ne lira jamais sur l’hallucination dans La Tentation de Saint Antoine de Flaubert.

Pendant ce temps, à Milan, c’est la Fashion Week et Gucci fait du Gucci. C’est-à-dire : des couleurs saturées, du bling presque trop premier degré, une splendeur qui donne mal à la tête. Avec en bonus cette année-là, des emprunts un rien stéréotypés au costume oriental : ceinture-obi, python, franges, bijoux ethniques… Et de l’or, de l’or, et encore de l’or. Une allure opulente de bourgeoise lascive, en somme.

Peter Doherty – Salome (I know)

Is there a Modasse literature? Orientalism inside.

Here is the first post of a long series about the articles I write for other websites. This one was drafted in May 2011. Almost vintage.

« Summer will be orientalist » : an article I wrote for « Paulette » in May 2011.

Extract :

« When you look at this summer’s collections, you feel as if your were dazzled by a super shining sun: from the glints of the satins to the golden heels of the sandals, everything is sparkling; the colours are saturated, a blazing coral is worn with a deep violet, a bright green skirt is enhanced by a lagoon blue top…

Outward signs of wealth are numerous, and to be associated with exotic details.

Looks like fashion finally got weary of the beige rigour of this post-crisis time, and that it urges us to a reviving therapy based on excess.

And as an obvious fact, this radical revival draws its inspiration from where the sun rises: Orient. It is not by chance that, this season, so many collections remind us of the decadent Orientalism of the late 19th century…

The inspiration:

2011, I am stuck in a library to draft a master thesis which is never going to be read by anybody, about hallucinations in Gustave Flaubert’s « Saint Antoine’s Temptation ».

In the meantime, in Milano it’s fashion week and Gucci is doing Gucci. That is to say: saturated colours, bling bling, and a splendour which gives you a headache. And as a bonus, that year, some stereotypes borrowed from orientalist costumes: obi-belts, python skin, fringes, ethnical jewelry… And gold, gold, and gold again. The wealthy look of a lascivious bourgeoise.

Et là, révélation esthétique et littéraire : Gucci, c’était du Flaubert.

Pour preuve cet extrait de La Tentation de Saint Antoine, qui décrit l’arrivée bling-bling et putassière de la Reine de Saba:

« Sur son dos, parmi des coussins de laine bleue, jambes croisées, paupières à demi closes et se balançant la tête, il y a une femme si splendidement vêtue qu’elle envoie des rayons autour d’elle. Sa robe en brocart d’or, divisée régulièrement par des falbalas de perles, de jais et de saphirs, lui serre la taille dans un corsage étroit, rehaussé d’applications de couleur, qui représentent les douze signes du Zodiaque. Elle a des patins très-hauts, dont l’un est noir et semé d’étoiles d’argent, avec un croissant de lune,-et l’autre, qui est blanc, est couvert de gouttelettes d’or avec un soleil au milieu.

Une chaîne d’or plate, lui passant sous le menton, monte le long de ses joues, s’enroule en spirale autour de sa coiffure, poudrée de poudre bleue ; puis, redescendant, lui effleure les épaules et vient s’attacher sur sa poitrine à un scorpion de diamant, qui allonge la langue entre ses seins. Deux grosses perles blondes tirent ses oreilles. Le bord de ses paupières est peint en noir. Elle a sur la pommette gauche une tache brune naturelle ; et elle respire en ouvrant la bouche, comme si son corset la gênait.

Elle dit :

Ah ! bel ermite ! bel ermite ! mon coeur défaille ! »

On retrouve ce fantasme orientaliste chez nombre d’artistes de la seconde moitié du XIX, fascinés par l’image exotique d’un Orient au luxe mystérieux et à l’érotisme fantasmagorique.

Then came an aesthetic and literary revelation: Gucci was doing Flaubert.

As a proof, here is an extract from « Saint Antoine’s Temptation », which describes the Queen of Saba’s bling-bling and bitchy arrival.

“On the back of the elephant, among blue woolen cushions, with her legs crossed, her eyelids half closed, her head swinging, a woman is sitting, dressed with such a splendor that she looks radiant. Her golden brocade dress is regularly divided in pearl, jet and sapphire furbelows, and embraces her waist in a tight corset, enhanced with colorful details, depicting the twelve Zodiac signs. She is wearing very high heels, one is scattered with silver stars and a crescent moon, the other is white and covered with small gold drops and a sun in the middle.

A flat golden chain goes under her chin, along her cheeks, and is winded around her hair, which is powdered in blue; then it comes down, brushes her shoulders and is attached on her chest to a diamond scorpion which sticks out its tongue between her breasts. Two big blond pearls are pulling on her ears. The edge of her eyelids is painted black. She has a natural brown stain on her left cheek, and she breathes with her mouth open, as if she was bothered by her corset.

She says: “Ah, good-looking hermit, good-looking hermit! My heart is swooning!”

You can find this kind of orientalist fantasy in the work of many artists in the second part of the 19th century. They were often fascinated by the exotic image of the mysterious luxury and fantastic erotism they imagined was in Orient.Dans la Salomé de Gustave Moreau, qui a inspiré la Reine de Saba de Flaubert. Cette toile est aussi l’occasion d’une description à tomber à la renverse dans A Rebours de Huysmans, mais c’est une autre histoire.

In « Salome » by Gustave Moreau, a painting which inspired flaubert’s Queen of Saba. It also got Huysmans to write an amazing depiction in « A Rebours », but that is another story.

L’incontournable Mort de Sardanapale de Delacroix. Vision décadente d’un orient aussi érotique que cruel.

« Sardanapale’s Death » by Delacroix: a vision of a cruel, erotic and decadent Orientalism.

 

Et vous vous souvenez des autres collections de 2011? Gucci n’était pas le seul à donner dans le fantasme orientaliste.

And do you remember the other shows in 2011? Gucci was not the only fashion house to be inspired by this orientalist fantasy.

Armani. Des femmes drapées dans des voiles marine et noire, évanescentes, des allumeuses du désert parées de soie.

At Armani, evanescent women wrapped in black and navy blue veils, looking like desert bitches draped in silks. 

Et la saison précédente, le défilé « Byzance » de Chanel. Un hommage à la porte de l’Orient et aux métiers d’art de la maison, avec des robes et des parures hallucinatoires, de véritables rivières de diamant.

And the season before that was Chanel’s fashion show dedicated to Byzance. An homage to “the door of Orient” and to Chanel’s luxury artisans.