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Photo Terry Richardson

On a récemment appris que CR ferait sous peu son grand retour, en qualité de global fashion editor du Harper’s Bazaar US. C’est l’objet d’un article que j’ai rédigé en Octobre dernier pour Toute la culture.

Extrait:

« Le début de la mission de Carine Roitfeld est fixé au mois de mars 2013. D’ici là, ne nous privons pas de fantasmer sur ce qu’elle nous réserve: une mode impertinente, un style subversif, des clichés insolents en toute élégance ? Un parti-pris aussi scandaleusement indépendant que celui du Vogue Paris de l’ère Roitfeld? On a hâte de voir. »

J’ai réalisé récemment que je nourrissais à l’égard de Carine Roitfled le genre de fanitude préadolescente qu’est seule capable de déchaîner la mèche de Justin Bieber. Comme je suis quelqu’un de normalement assez rationnel (mais si) et surtout, comme je n’ai plus 13 ans depuis une décennie et que la mèche de CR n’a strictement rien à voir avec celle de Justin, j’ai tenté de trouver des explications viables à cette étrange obsession.

1. CR maîtrise l’insolence et la prise de risques.

Faire du beau en mettant en scène des vêtements, c’est facile. Faire sensation et choquer les gens aussi. Faire tout cela à la fois, sans pour autant tomber dans la facilité et la répétition, c’est incroyablement plus délicat, et c’est le défi que Roitfeld s’ingénie régulièrement à relever. On n’aurait pas pu trouver mieux que le titre Irreverent pour un livre sur sa carrière: les séries modes qu’elle réalise consacrent une esthétique de l’insolence et de l’excès. Voici un florilège.

Madonna – Vogue

About Carine Roitfeld: how to become a groupie?

The news was recently spread that CR was to make her come-back, as global fashion editor at Harper’s Bazaar USA. It is the subject of an article I drafted in October for the French website Toute la culture.

Extract:

“The beginning of Carine Roitfeld’s assignment is planned for March 2013. By then, let us fantasize about what she might have in store for us: an irreverent fashion, a subversive style, insolent but elegant pictures? As scandalously independent a point of view as back in the Roitfeld era of Vogue Paris? We cannot wait to see.”

I recently realized that I was the victim of a sort of preadolescent obsession regarding Carine Roitfled, the kind of groupie sensation that only things like Justin Bieber’s lock are able to arouse. Since I usually am someone rather rational, and above all, since I am not 13 and since CR’s lock has nothing to do with Justin’s, I tried to find reliable explanations of this weird obsession.

1. CR masters insolence and risk-taking

Creating beautiful scenes and stylish pictures with clothes is easy. Causing a stir and shocking people too. But doing all of this without giving in to easy options and repetition demands much more subtlety, and that is the challenge which Roitfeld often takes up. It was impossible to find a better title than « Irreverent » for a book about her work: the pictures which she stages establish an aesthetic based on insolence and excess. Here is a best-of.

Mario Testino pour Vogue Paris, 2008: en pleine polémique sur la fourrure.

Mario Testino for « Vogue Paris », 2008, as a controversy about fur was raging in France.

Coco Rocha en cracheuse de lait. Terry Richardson pour Vogue Paris.

Coco Rocha spitting milk. Terry Richardson for « Vogue Paris ».

Un laser à défaut de cigarette. Mario Sorrenti pour Vogue Paris.

A laser used as a cigarette. Mario Sorrenti for « Vogue Paris ».

2. CR a un style de surfemme.

Son signature look: une jupe aux genoux, entravée, des talons de douze portés sans collants même par moins mille degrés, un smoky eye approximatif, une mèche de cheveux dans l’oeil. Et jamais de sac à main.

On reconnaît sa silhouette a des kilomètres à la ronde. Et surtout, on est forcément impressionné par cette féminité poussée jusqu’au point de paraître impossible. Comment vit-on dans la vraie vie, jambes nues dans le blizard parisien? Et comment promène-t-on son smartphone sans sac à main? Encore des questions existentielles en apparence abyssales, dont la réponse est pourtant affreusement terre à terre: on a un chauffeur.

2. CR dresses like a superwoman.

Her signature look: a tight skirt, 6 inches high heels worn without tights even in winter, an approximative smoky eye. And no handbag.

You can recognize her figure for miles around. And above all, you are necessarily impressed by such a feminity, taken to the extreme, until it looks impossible. How can you manage in real life, with your legs bare in the Parisian winter wind? And how can you walk around with your smartphone and no handbag at all? Existential questions again. Even though they look abyssal, the answer is terribly prosaic: you MUST have a chauffeur.

Photo Style Sight

Photo The Sartorialist

3. CR ose la démesure.

A une époque ou on nous rebat les oreilles à coup de « New Modesty » et de mode profil bas, Carine Roitfeld a peut-être compris avant les autres que, en temps d’austérité et de privations plus que jamais, la mode devait faire rêver à grands coups de démesure. D’où le parti pris sans ambiguïté très luxe du Vogue Paris, avec ses orgies de bijoux et sa complaisance assumée pour la fourrure ou autres signes extérieurs d’opulence.

3. CR dares excess.

At a time when the trend is supposed to be « New Modesty » and low-profile fashion, Carine Roitfeld seems to have understood before the others that, during times of austerity and hardships more than ever, fashion must make people dream by showing outrageousness. Hence the position adopted by Vogue Paris when CR was still chief editor there: shameless luxury, with jewels orgies and a certain indulgence towards fur and other outward signs of wealth.

La très opulente Lara Stone en une du numéro du 90ème anniversaire du Vogue Paris.

The generous Lara Stone on the front page of the anniversary issue, for the 90 years of « Vogue Paris ».

Une bacchanale de bijoux. Vogue Paris toujours.

Jewelery bacchanalia. « vogue Paris » again.

4. CR sait se faire désirer.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que lorsqu’elle a quitté la rédaction du Vogue Paris, elle n’a pas raté sa sortie. Un numéro anniversaire colossal pour les 90 ans de Vogue en octobre 2010, un dernier numéro en mars 2011, volumineux comme un numéro de septembre et titrant sobrement « Fantaisie ». Du pur Roitfeld, simplement efficace.

Et ensuite? L’habileté de la rédactrice a consisté à distiller interviews et news au compte goutte, comme pour entretenir un manque dans le milieu de la mode, sans jamais risquer de tomber dans l’oubli. Un effet de teasing qui aura duré deux ans, à coup de livre biographique, de Petite veste noire pour Chanel et de magazine estampillé de ses initiales.

A propos, vous avez lu le premier numéro de CR Fashionbook? Qu’en avez-vous pensé?

4. CR plays hard to get.

The least you can say is that, when she left the editorial staff of Vogue Paris, she made a brilliant finish. A huge anniversary issue to celebrate the 90 years of the French Vogue in October 2010, then her last issue in March 2011, which was as thick as a September issue and ran as a headline “Fantasy”. Pure Roitfeld style, simply efficient.

And then? Her cleverness consisted in giving interviews and disclosing news about her achievements every now and then, as if to create withdrawal syndroms in the fashion sphere, without taking the risk of being forgotten. A teasing effect which lasted 2 years, during which she launched her autobiography, her own magazine, and contributed to the book « La petite Veste noire » for Chanel.

Speaking about her magazine, « CR Fashionbook », have you read the first issue? What did you think?