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Saskia de Brauw dans la dernière campagne homme de Saint Laurent

Saskia de Brauw in the latest Saint Laurent man campaign

Depuis sa nomination chez Saint Laurent, Hedi Slimane n’a de cesse de nous mettre KO d’émerveillement, non seulement avec ses créations, mais aussi avec ses talents de communicant. Il a encore frappé, avec une campagne homme présentée par une femme, le mannequin Saskia de Brauw, reconnaissable à sa beauté androgyne.

Cette campagne ressemble à s’y méprendre à un hommage au dandysme. Cette façon de choquer avec élégance, de jouer sur la confusion des genres. Cette esthétisation de la différence, et même cette complaisance pour la mélancolie: toute la philosophie du dandysme est là. Elle s’incarne dans des vêtements ajustés à outrance, dans des mélanges de basiques du vestiaire masculin qui s’acoquinent avec une excentricité revendiquée, et qui vont jusqu’à flirter avec la féminité. On met à l’épreuve nos préjugés sur le bon goût, notre conception de l’élégance. Des paillettes sur un smoking d’homme? Une chemise en léopard? Sérieusement?

Un tel parti-pris soulève une question: peut-on être un dandy au XXIème siècle? Un vrai dandy comme on savait en fabriquer au XIXème, un Montesquiou moderne qui aurait avalé et digéré son Wilde, son Barbey, son Huysmans. Pas simplement un minet en noeud papillon, entendons-nous. Baudelaire, expert en dandysme s’il en est, avait de sérieux doutes sur les chances de survie du dandysme: « Le dandysme, disait-il, est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux myrmidons. »

The Dandy Warhols – Genius

[About dandyism #1] Is dandyism out-of-date?

Since he arrived at Saint Laurent, Hedi Slimane has kept astonishing not only by the beauty of his creations, but also by his gift for communications. Well, here he comes again, with a man campaign presented by a female model, Saskia de Brauw, easily recognisable by her androgynous beauty.

This campaign looks very much like an homage to dandyism. This way of shocking with elegance, of playing with the confusion of genders. This way of making aesthetic what is different, and even this taste for melancholy: the whole philosophy of dandyism is there. It is embodied in over-fitted clothes, in basics for men mixed with a claimed excentricity, which even flirts with a woman attitude. Our prejudices about good taste and our conception of elegance are questioned. Sequins on a man’s suit? Leopard shirts? Seriously? 

Such a bias raises a question: can one be a dandy in the 21st century? I mean a real one, like in the 19th century, a modern version of Robert de Montesquiou, who would have devoured and assimilated Wilde, Barbey and Huysmans. Not just a trendy guy wearing a bow tie. Baudelaire, the greatest French expert in dandyism, had serious doubts about its chances of survival: « Dandyism, he said, is a setting sun; as the declining star, it is magnificent, heatless and full of melancholy. But alas! the rising tide of democracy, which is invading and leveling everything, is drowning those last representatives of human pride day after day, and is pouring tides of forgetting on the tracks of these prodigious myrmidons ».

Le brushing de rêve de George Brummel, dit Beau Brummel

The dream-like blow wave of George Brummel, known as Beau Brummel

Le trois-pièce impeccable de Robert de Montesquiou

Robert de Montesquiou’s impeccable three piece suit

La canne, la cravate oversize, l’esprit désopilant et le manteau à moumoute d’Oscar Wilde: la parfaite combinaison du dandy

Oscar Wilde’s walking stick, oversize tie, hilarious wit and fur coat: the perfect dandy combination

Pas de dandysme après le XIXème siècle? Si le concept semble s’être usé sous la plume de centaines de rédactrices mode, peut-être peut-on encore en tirer quelque chose. Voici comment.

1. Rechercher l’élégance à tout prix.

Facile, me direz-vous, heureusement qu’A.P.C. est là. La dandy est devenu monnaie courante, et le noeud-pap’ est la nouvelle cravate. Mais porter des costumes en tweed impeccablement taillés n’est pas l’apanage du dandy. A peine cela vous différenciera-t-il du métrosexuel de base.

2. Ne pas négliger les choses de l’esprit.

Barbey d’Aurevilly ne cesse de le répéter: il n’y a pas que les fringues dans la vie. Il le disait un peu plus élégamment, soit. On a tendance à l’oublier, mais au XIXème le dandysme était avant tout une philosophie de vie. Plus encore: une ascèse, car comme nous dit encore Baudelaire, pour « être sublime sans interruption », il faut « vivre et dormir devant un miroir ». Un mélange de quête effrénée de la perfection dans l’élégance donc, mais aussi dans l’expression, qui touche au maniérisme, et dans l’esprit. Car le dandy est d’abord un esthète, et un fin lettré.

Quelques conseils de lecture pour se forger un esprit de dandy:

-Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne

– Jules Barbey d’Aurevilly, Du Dandysme et de George Brummell

– Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

– Joris Karl Huysmans, A Rebours

3. Cultiver la différence.

En un mot, le dandy se perçoit comme un être supérieur, et il entend que tout le monde le sache. C’est cette arrogance qui le conduit à se mettre en scène comme unique, donc volontairement différent, donc sans cesse provocateur. Parce que, comme l’écrit si bien Wilde: « La vulgarité, c’est ce que font les autres ». Les dandys pur sucre du XIXème avaient donc tendance à faire de la provocation un art. On raconte que Théophile Gautier se faisait faire sur mesure des chapeaux surdimensionnés qui ne passaient pas les portes, pour ne pas pouvoir rentrer dans les salons parisiens. Comme ça, juste pour emmerder le monde.

Et c’est peut-être là que gît le plus grand défi pour qui se voudrait dandy au XXIème siècle. L’impression que plus rien ne choque, que tout a déjà été fait. Que plus rien n’est différent. Et pourtant, il reste de bonnes idées à exploiter si l’on est prêt à s’aventurer jusqu’au bout dans les tréfonds du dandysme.

No dandyism after the 19th century? If the concept may have been worn out under the pen of hundreds of fashion editors, it might be still possible to take something from it. Here is how.

1. Always seek for elegance.

Easy, you will say, since A.P.C. exists. Dandies have become common currency, and the bow-tie is the new tie. But wearing sartorial tweed suits is not the prerogative of dandies. It will hardly differenciate you from the average metrosexual.

2. Do not neglect the things of the mind.

Barbey d’Aurevilly kept on repeating it: there is not only togs in life. He said it a bit more elegantly, indeed. We tend to forget it, but in the 19th century, dandyism was a real philosophy. And even an asceticism, because, as Baudelaire puts it, to be « continuously sublime », you have to « live and sleep in front of a mirror ». To put it in a nut shell, dandyism is the mix of a wild quest for perfection in elegance, but also in expression, which must almost sound affected, and in wittiness. Because a dandy is above all an aesthete and a well-read person.

Some reading advice to get the wit of a real dandy:

– Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne (to be read in French if you can: it is the heights of snobism)

– Jules Barbey d’Aurevilly, Du Dandysme et de George Brummell

– Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

– Joris Karl Huysmans, A Rebours

3. Cherish the difference.

In a word, the dandy sees himself as a superior person, and he wants everybody to be convinced of it. It is this arrogance which drives him to present himself as unique, hence voluntarily different, hence endlessly provocative. Because, as Wilde writes it: « Vulgarity is what the others do ». Hard line dandies used to turn provocation into an art. The story says that Théophile Gautier had oversize hats specially made so that he could not fit in doorframes and would not be able to enter the parisian salons. Just for the sake of annoying people.

And maybe this is the greatest challenge for anyone who would like to be a dandy nowadays. The impression that nothing is shocking anymore, that everything has already been done. That nothing is seen as different anymore. Yet, there are good ideas to be exploited if you are ready to venture into the inmost depths of dandyism.

Le kilt sur jambes velues façon Marc Jacobs

A kilt worn on hairy legs, like Marc Jacobs

Le make-up masculin de Brandon Flowers dans le clip de « Mr Brightside »

Brandon Flowers’ male make-up in the video of « Mr Brightside« 

Plus facile à assumer, la chemise en liberty pour homme de Cacharel

Easier to wear, Cacharel’s liberty shirt.

Et vous, vous avez des idées d’extravagances dandesques à essayer?

Any idea of dandy extravagance to share?