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Karl Lagerfeld par Helmut Newton, Paris, 1976.

Karl Lagerfeld by Helmut Newton, Paris, 1976.

Dans la série des mecs qui inventent tout et ne laissent quasi rien en pâture à leurs successeurs, on connaissait Dieu, Gutemberg et Elvis. Il y a Helmut Newton, aussi. On prend peut-être moins facilement la mesure de ce qu’on lui doit, et on a tort. S’il n’a pas inventé la photographie, il est de ceux qui ont réinventé le regard photographique tel qu’il nous est familier depuis des années. Et pour ce qui est de la mode surtout, Newton fut tout bonnement prophétique. Un inventeur de formes révolutionnaires, copiées ou réinterprétées depuis, et qui semblent ne pas devoir se périmer de sitôt. La preuve en 5 exemples, à commencer par le plus actuel.

La campagne Pablo de Gérard Darel: de 2012: 95% Helmut

Si vous ne vous souvenez pas de cette campagne, vous vous rappellerez sûrement l’incompréhension qui s’est imposée à vous devant cet étrange suicide floral. Étonnant comme elle rappelle la photo qui est en haut de cet article.

Air – Cherry blossom girl

What do we owe Helmut Newton? [#1] Gerard Darel’s suicidal lilies.

Among the guys who invent everything without leaving anything innovable to their successors, we knew there was God, Gutemberg and Elvis. There is Helmut Newton too. Perhaps we realize a bit less what we owe him, and we are wrong. If he is not the invent photography, he created the photography to which we have been familiar for years. And as for fashion, Newton was merely prophetic. He created revolutionnary topics and patterns, that have been copied or reinterpreted since then and that seem to be still relevant. Here is the proof, through 5 examples. Let us start with the most recent.

Pablo de Gérard Darel’s campaign in 2012, 2012: 95% Helmut

If you don’t remember this campaign, you certainly do remember the deep incomprehension you felt watching this strange floral suicide. It is amazing how these pictures remind of the picture on the top of this article.

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La campagne Pablo Gérard Darel de cet hiver (photos Puretrend comme les gros watermarks le rappellent discrètement)

FW 12-13 Pablo de Gérard Darel campaign (pictures form Puretrend, as shown by the discreet huge watermarks)

Ce que Pablo doit à Helmut? Un lancer de fleurs unique. Un jeté de lys sur les toits de Paris, ça a tout pour faire un cliché romantique raté. Mais dans ce portrait de Lagerfeld, le génie est dans le détachement de la pose, l’incongruité totale du geste, qui donne à l’ensemble une intrigante poésie.

Si la campagne Pablo fonctionne, c’est surtout que le geste de Karl est parfaitement reproduit. Quand on est la petite soeur d’une marque estampillée vieilles peaux pour femmes matures comme Gérard Darel, il faut faire preuve d’une fraîcheur presque exagérée pour expliquer que l’on veut vendre à des jeunes femmes. Et on n’a encore rien trouvé de mieux que les lys pour signifier cette fraîcheur de jeunes filles en fleur là. Ça pourrait être hideux, ça ne l’est pas: merci Helmut. Pas de kitscheries fleuries ici, on pense plutôt à une défenestration de fleurs, on imagine l’ingénuité caractérielle de cette femme qui envoie balader un cadeau, une preuve d’amour, ou simplement les relents écoeurants d’un romantisme au rabais.

What does Pablo owe to Helmut? A unique flower launching. Lilies thrown away on a parisian rooftop could be the perfect ingredients to make a failed romantic cliché. But in the portrait of Lagerfeld, Helmut’s genius is in the detachment of the attitude, in the apparent unseemliness of the gesture, which give to the whole picture an intriguing poetry.

If Pablo’s campaign is good, it is above all because Karl’s flegmatic gesture is perfectly reproduced.When you are the little sister of a brand for mature women like Gérard Darel is, you have to prove your freshness in an almost exagerated way to explain that you want to sell to young women. And there is nothing such as lily to express this cherry blossom girl-like spirit. It could be too girly, but it is perfect: thanks to Helmut. No floral kitsch here, but a kind of intirguing flower defenestration. You imagine the carecterial innocence of this young lady who throws away a gift, perhaps a love proof, or just the sickly stench of a cheap romanticism.