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Chanel-Spring-Summer-2013-Haute-CoutureOn a pu se poser la question de nombreuses fois en constatant ses étranges fantaisies de ces derniers mois. Karl qui compare Zahia a Coco Chanel, Karl qui fait de la pseudo-punkette Alice Delal la nouvelle égérie de la marque, Karl qui fait ouvrir un compte Tweeter pour son chat…

Si on a pu crier à la sénilité, penser que l’homme au catogan blanc était fâcheusement déséquilibré et fortement déstructuré, le dernier défilé haute couture de Chanel arrive à point nommé pour nous rassurer sur son compte. Certes, le show s’achève sur un couple de mariées, une provocation engagée en plein débat sur le mariage gay. Mais le côté déstructuré qui caractérise le défilé est à chercher ailleurs: dans les vêtements mêmes, qui célèbrent une maîtrise parfaite de la forme.

P.e.o – When it rains

Chanel Haute Couture SS13 show: is Karl Lagerfeld disstructured?

Such a question was burning the lips of many Modasses, regarding his weird whims of these last months. Karl comparing Zahia to Coco Chanel, Karl hiring the psuedo-punk Alice Delal as the new face of the brand, Karl creating a Twitter account for his cat…

Many may have thought he was the victim of senility, that the man with the white ponytail was badly unbalanced and strongly disstructured, but the latest Chanel Haute Couture show took place just at the right moment to reassure us about the designer. Indeed, the show ends with the appearance of a couple of brides, which, as the debate on gay marriage is raging in France, was mere provocation. But the disstructured side of the show is to be found somewhere else: in the clothes themselves, which enhance a perfect mastering of the shapes.

mode_defile-chanel_haute-couture_printemps-ete-2013_30Un défilé en noir et blanc graphique.

On retrouve sans surprise les deux non-couleurs fétiches de la Maison, qui ne s’acoquinent que rarement avec des pastels. Mais ce recours au noir et blanc n’a pas seulement une vocation d’hommage aux codes chers à Coco, ou de simplicité revendiquée. Cette saison en effet, le noir et blanc s’enrichit d’une dimension graphique, comme si l’absence de couleur était la condition sine qua non d’un retour en force de la forme.

A graphical black and white show.

No surprise, the two non-colours characteristic of the Fashion House are omnipresent and are seldom mixed with pastel colours. But this use of black and white does not only have the signification of an hommage to Coco or of a claimed simplicity. This spring indeed, black and white enrich with a graphical dimension, as if the absence of colours was the sine qua non condition for a strong comeback of shapes. 

mode_defile-chanel_haute-couture_printemps-ete-2013_17Jeux de formes, proportions bousculées.

Ce que souligne ce noir et blanc, c’est un travail poussé sur la forme du vêtement, une exploration des possibilités de la silhouette. Au gré des transformations de l’iconique petit tailleur en tweed, les épaules apparaissent étoffées par un col en superposition, ou « robocopisées » par un ajout d’épaulette verticale, quand ce n’est pas un décolleté en trompe-l’oeil qui allonge le cou.

Playing with shapes, shaking up proportions.

What enhances the use of balck and white is a deep work on the clothing shapes, an exploration of figures’ possibilities. According to the transformations of the iconic little tweed jacket, the shoulders are filled out by a superposed collar, or « robocopized » by vertical epaulettes, when it is not the trompe l’oeil neckline that makes the neck looks longer.

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Quand on y pense, ce jeu sur la forme et ce goût pour les allures graphiques est une tendance obsédante dans les derniers défilés des Maisons parisiennes. La géométrie était le grand leitmotiv du dernier défilé Louis Vuitton, tandis que chez Dior, on reexplorait les proportions de la silhouette new look. Tour à tour retour aux sources -chez Dior- et esthétique arty -chez Vuitton-, ce jeu semble avant tout jouer le rôle d’une expérience créative dans le cas de Chanel.

When you think about it, this play on shapes and this taste for graphical looks is a grat trend in all the latest shows of the Parisian Fashion Houses. Geometry was the leitmotiv of the latest Louis Vuitton show, and at Dior, Raf Simons reexplored the proportions of the new look. At Chanel, this bias looks like a creative experience.

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Vestiaire surréaliste.

Du trompe l’oeil et du jeu sur la forme au Surréalisme, il n’y a qu’un pas, que Karl Lagerfeld franchit à force de détails bien pensés. A force de défier leur forme et d’exacerber leur graphisme, les vêtements changent de sens: on ne sait plus trop si ces longues bottes en dentelle sont des collants ou des cuissardes, les robes tiennent à la fois du fourreau et de la redingote, les cols noués des tailleurs ressemblent à un pull porté nonchalamment sur les épaules, dont on aurait simplement attaché les manches sur la poitrine… Après quelques saisons bien décevantes, on dirait bien que Karl Lagerfeld a retrouvé la forme.

Surrealistic dressing.

Karl Lagerfeld shifts from trompe l’oeil to Surrealism with ease, thanks to clever details. By means of challenging their shape and exacerbating their graphism, clothes evolve to another meaning: you cannot tell if these long lace boots are tights or thigh boots, dresses look both like sheaths and fitted coats, the knotted collars of suits look like a sweater worn on the shoulders with its sleeves simply fastened on the chest… After a few disappointing seasons, it looks like Karl Lagerfeld is in good shape again.

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