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Dans la série « qu’est-ce qu’il y a comme trucs à voir à Moscou, господи! », l’exposition « Мода в зеркале истории » (la mode dans le miroir de l’Histoire) est sans conteste un incontournable. Et pas seulement parce que, miracle, elle dure plus de deux semaines contrairement à la plupart des expos moscovites. L’exposition rassemble des vêtements de l’aube du XIXème à la fin du XXème siècle, le tout orchestré par Alexandre Vassiliev, excentrique jovial et grisonnant que vous avez peut-être vu officier en qualité de fashion police dans le show « Модный приговор » (le jugement mode) sur la chaîne Первий Канал. Ce pape de la mode russe a aussi prêté une partie de son impressionante collection personnelle pour l’occasion.

On parle ici d’un des (trop) rares événements qui parviennent à faire passer la mode du côté non superficiel de la force, d’une expo qui se propose de scruter le vêtement au delà de sa couche de strass (on est en Russie quand même) pour y déceler avec finesse ce qu’il traduit de son époque. Au fil des salles l’on voit ainsi défiler des vêtements, des accessoires, des objets de la vie quotidienne ou même des revues de mode, qui brossent un portrait vivant de l’âge d’or de la Russie impériale, de son déclin jusqu’à la Révolution d’Octobre, et des différentes périodes de l’URSS, depuis la sévérité stalinienne jusqu’au réchauffement strass et paillettes des années 1980. Sélection.

# L’aube du XIXème siècle: style empire et épure en nuances de blanc.

Vitalic – Fade away (C2C remix)

What to see in Moscow #3: 200 years of Russian fashion with the exhibition « Мода в зеркале истории ».

Talking about the incredibly numerous cultural events in Moscow, « Мода в зеркале истории » (fashion in the mirror of history) is indisputably the kind of exhibition you just cannot miss. And not only because it is a miracle that it should last more than two weeks, unlike most of the exhibitions in Moscow. « Fashion in the mirror of history » gathers pieces of clothing from the very early 19th to the end of the 20th Century, and is organized by the nicely excentric Alexander Vassiliev, whom you might have seen playing the fashion police in the show « Модный приговор » (fashion judgement) on the Russian TV channel Первий Канал.

We are talking about one of the few events that manage to show what is not so superficial about fashion, an exhibition that scrutinizes clothing and sees below its layer of strass ( remember this is Russia) to find out what clothing says about history. Throughout the exhibition you can thus admire clothes, accessories, objetcs from the everyday life or even fashion magazines, which create a lively picture of the golden age of imperial Russia, of its decline until the October Revolution, and of the different periods of USSR, from Stalinan severity to the glittering warming of the 1980’s. Here is a selection.

# Early 19th Century: Empire style in shades of white.

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Ce qui frappe quand on rentre dans la première salle, c’est un vaste sentiment de déjà vu. Des robes à la taille haute soulignées d’un ruban pastel, au décolleté droit encadré de manches ballon, ça ne vous rappelle pas quelque chose?

What strikes you as you enter the first hall is a feeling of deja-vu. High-waisted dresses embellished with pastel ribbons and straight neck lines framed by delicate puff sleeves, doesn’t that ring a bell?

Sacre Napoleeon

Le Sacre de Napoléon, Jacques-Louis David, 1807.

« Napoleon’s coronation », Jacques-Louis David, 1807.

On parle bien sûr du style empire, ce style qui s’inspire de l’empire romain pour mieux célébrer la gloire de notre Napoléon national. Est-il besoin de rappeler qu’à l’époque où les dames russes de la haute se faisaient faire des robes façon Joséphine et assomaient leurs tailleurs de journaux de mode tout droit venus de Paris, leurs maris jouait du canon à Borodino pour bouter le Français hors du sol de la Sainte Mère Russie? Mais les Russes ne sont pas à un paradoxe près. On retrouve par ailleurs l’influence de la mode parisienne comme un leitmotiv au fil de toute l’exposition.

We are of course talking about Empire style, that style which was inspired by Roman Empire and used as a means to celebrate the French emperor’s glory. Ironically, while Russian ladies had that kind of dresses made in order to look like empress Josephine, their husbands were fighting at Borodino to chase the French away from Holy Mother Russia’s soil. Russia is full of paradoxs. And speaking about it, the influence of parisian fashion is palpable throughout the exhibition.

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# Puritanisme faux-cul.

A la candeur romantique du style empire succède un style à la fois plus puritain et plus opulent. On planque les décolletés au profit d’une boutonnière stricte, mais on ressort les soieries à motifs parfois indigestes, on gonfle ses jupes de crinolines, on saupoudre le tout de dentelle, de camées et de bijoux…

# So called puritanism.

The romantic ingenuousness of Empire style is followed by a both puritan and opulent style. The chest is hidden by a strict boutonniere, but the dresses are overwhelmed by silk fabrics with indigeste prints, swollen by huge crinolines and scattered by lace and jewels.

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Мода в зеркале истории 5

IMG_1303Mais sous couvert d’être des dames respectables au corps chastement barricadé, les Modasses de l’époque avaient inventé une arme fatale dont on voit plusieurs beaux specimens : le faux-cul, cet appendice greffé derrière la taille des robes, qui se balance dans l’indécence la plus totale dès que l’on fait un pas.

Yet, under the cover of being respectable ladies with their bodies chastely locked in, the Modasses of that time had invented a fatal weapon: the faux-cul, a fabric appendix grafted behind the waist, which swings in the most indecent way with every step you take.

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Les it-accessoires de l’époque ne sont pas laissés en reste, on admire ainsi une belle sélection de gants, de souliers brodés, de binocles et d’éventails, parmi lesquels on tombe en arrêt devant… un sac Dolce & Gabbana qui s’est trompé de siècle, et les loafers de Kanye West.

Some of the it-accessories of that time are shown too, and you can admire a nice selection fo gloves, embroidered shoes, glasses and fans, among which you are going to stop short in front of… a Dolce & Gabbana-like bag and a 19th Century version of Kanye West’s loafers.

Sac brodé

Sac brodé, Russie, deuxième moitié du XIXème sièlce

Embroidered bag, Russia, second half of the 19th Century.

Miss Sicily Dolce & Gabbana

Sacs Miss Sicily, Dolce & Gabbana, printemps été 2012.

Miss Sicily bag, Dolce & Gabbana, spring summer 2012.

Loafers Pantoufles rebrodées d’or, Moscou, XIXème siècle.

Gold embroidered slippers, Moscow, 19th Century.Kanye West loafers

Loafers de Kanye West, CFDA awards 2011.

Kanye West’s loafers, CFDA awards, 2011.

# Et pendant ce temps là, chez les moujiks…

En marge de ces opulentes toilettes, apanage exclusif de l’aristocratie huppée et de la grande bourgeoisie du XIXème siècle, l’exposition montre aussi les vêtements que portaient à l’époque les catégories sociales plus modestes. Des tenues en lin presque exclusivement, brodées de motifs géométriques tout à fait dans la tendance de cet été. Et oui.

# Meanwhile at the moujiks’…

On the fringes of those opulent outfits, which were exclusively designed for the top of the aristocracy, the exhibition also shows what used to wear people from more modest backgrounds. Those are linen clothes, embroidered with red, blue and black geometrical prints that are totally in this season’s trend.

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Russie, fin XIXème siècle.

Russia, end of the 19th Century.

Jupe Zara

Jupe Zara, printemps été 2013.

Zara skirt, spring summer 2013.

# L’URSS côté bling.

Au XXème siècle, changement d’ambiance, modernisation et… déception. On s’attend à du dressing prolétaire, à de la sappe de kolkhozienne, et rien de tout ça. Les vêtements exposés ont appartenu à des femmes d’ambassadeurs, des danseuses étoile ou des vedettes du grand écran, autant de happy few qui avaient accès à ce qui se faisait de mieux à l’époque, et qu’on exhibait parées de leurs plus beaux atours histoire d’en mettre plein la vue à l’occident. On peut ainsi admirer de la fourrure à foison, des photos de clubs de jazz soviétique très chic (pardon?!), et même un tailleur Chanel.

# The bling side of USSR.

Then comes the 20th Century: modernization and… disappointment. You might expect proletarian dressing, kolkhozian fashion, but none of this is displayed. Most of the clothes that are displayed used to belong to  embassadors’ wives, to ballet dancers or movie stars, the kind of happy few to have access to the most beautiful and expensive dresses of the time. They were displayed in their most impressive outfits, to show off western countries. As a result, you will see many luxury furs, pictures from posh sovietic jazz clubs (no kidding?) and even a Chanel suit.

xxe 3xxe 4xxe 5xxe 6Là encore, démonstration de hypitude oblige, l’inspiration de la couture occidentale est palpable. On bave ainsi devant de splendides robes charleston en mousseline rebrodée de pierres datant des années 1920, dans les 1950’s les tailleurs moscovites réinterprètent le New Look à la sauce russe, dans des robes corolle en organza pastel, et dans les années 1980, le look des chanteuses à succès n’a rien à envier aux stars américaines.

Then again, because of that demonstration of hipness, you can really feel the inspiration of Parisian couture.  Magnificent charleston dresses embellished with pearls from the 1920’s, Russian interpretations of Christian Dior’s New Look in the 1950’s, and in the 1980’s the scene outfits of Russian successful singers could compete with American stars.

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Au fil du XXème siècle, on voit aussi s’affirmer une tendance à réinterprêter le costume traditionnel russe, tendance qui culmine aujourd’hui avec un créateur comme Valentin Yudashkin. Dès la Belle Epoque, les manches des robes sont bordées de fourrure précieuse; pendant les années folles la coupe trapèze des robes paysannes et le kokoshnik, diadème traditionnel, sont revisités façon Gatsby. Mais c’est sans doute les années 1970, avec l’avénement du folk, que le vestiaire populaire refait véritablement surface dans des tuniques de lin brodées et des robes looses. Un bel hommage aux racines de la mode russe.

Throughout the 20th Century, you can also feel that the trend of revisiting traditional Russian costumes is progressively asserting itself, a trend that climaxes today in the work of Valentin Yudashkin. In the early 20th century, the sleeves of the dresses are already embellished with fur; during the roaring twenties the traditional country outfit and the kokoshnik tiara are revisited in a Gatsby way. But is is undoubtedly in the 70’s, with the success of folk, that traditional clothing makes its come back in the most visible way, in linen embroidered tuniques and loose dresses.  

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